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« Entendre la voix des plus pauvres dans le processus synodal »

« Entendre la voix des plus pauvres dans le processus synodal » tel était le thème de la journée d’étude proposée par le Centre Sèvres de Paris, ce jeudi 27 janvier.

La croix publiait au même moment l’entretien de Sœur Laure Blanchon, enseignante au Centre Sèvres.

La Croix : Vous organisez une journée d’études sur « la voix des plus pauvres dans le processus synodal ». Comment ce thème s’est-il imposé dans les propositions du Centre Sèvres autour du Synode sur la synodalité ?

Sœur Laure Blanchon : En cherchant à prendre en compte la parole des plus pauvres, l’Église désire réfléchir de façon nouvelle. Il ne s’agit plus de faire la charité, mais de mettre les personnes les plus fragiles au centre de la vie de l’Église. Ce déplacement s’expérimente dans le réseau Saint-Laurent, par exemple, qui met en relation au niveau national des groupes chrétiens vivant une fraternité avec les plus pauvres.

Le rassemblement Diaconia, en 2013, a été un véritable révélateur d’expériences et a inspiré de nombreuses initiatives. Au Centre Sèvres, les propositions de la chaire Jean Rodhain, un séminaire de recherche qui existe depuis plus de dix ans, et le groupe des « théologiens à l’école des plus pauvres » attestent de l’actualité de la problématique. Cette journée d’études traduit notre désir d’aller plus loin.

Comment permettre l’expression des plus pauvres ?

Sr L. B. : L’expérience acquise nous a montré que prendre la parole représentait souvent une difficulté majeure pour les plus pauvres, pour de multiples raisons. Ils ont du mal à s’exprimer seuls en public. Nous avons compris que, pour libérer leur parole, la meilleure solution est de composer des groupes de partage dans lesquels ils sont majoritaires, accompagnés de personnes « alliées » qui les connaissent et se mettent au service de leur expression.

La convivialité est aussi nécessaire. Il ne s’agit pas seulement d’offrir un cadre sympathique, mais de manifester que nous voulons partager la vie de ceux dont personne ne veut partager la vie. Certains outils habituellement employés dans les échanges de groupes – la lecture, l’écriture, certains mots abstraits – peuvent ne pas convenir. Il faut alors inventer d’autres moyens : le récit de vie, le partage lent d’un passage d’Évangile, un travail sur quelques mots simples…

N’y a-t-il pas un risque que cette parole soit peu écoutée ?

Sr L. B. : La prise en compte de la parole des plus pauvres représente en effet une difficulté. Elle suppose un certain effort, guidé par la certitude qu’il y a quelque chose d’intéressant à entendre. Cette prédisposition est nécessaire pour nous mettre concrètement à son service. Car, pour qu’elle participe au processus synodal, elle doit être affinée. Cela demande du temps et de la patience.

En quoi cette voix peut-elle approfondir ou modifier la vie et l’expression de la foi de l’Église ?

Sr L. B. : Mettre les plus pauvres au centre ne fait que rendre l’Église plus fidèle à l’Évangile. Nous voyons bien combien l’Église n’est plus crédible dans la société. Mais quand des chrétiens organisent des maraudes, donnent du temps pour distribuer des repas, accueillent des personnes LGBT, quand le pape visite un camp de réfugiés à Lesbos, la société, étonnée, regarde.

Quand l’Église donne une vraie place aux plus pauvres dans la liturgie, elle en est vivifiée. Elle expérimente quelque chose du bon goût de l’Évangile. J’y retrouve l’épisode de la rencontre de Jésus avec l’aveugle Bartimée dans l’Évangile de Marc : la foule veut d’abord étouffer ses appels. Puis, parce qu’elle comprend que le Christ l’encourage, elle va faciliter la rencontre. Et cela a une portée prophétique : décider de faire corps avec ceux qui sont parfois considérés comme des déchets montre une autre possibilité de vivre en société qui peut faire ferment dans un monde qui se fragmente.

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