Réception du rapport de la CIASE

Il n’y a pas de mot après la réception de ce rapport, il n’y a que de la honte sur l’étendue de ce terrible drame.

Nos pensées vont, avant tout, aux victimes de ces agressions. Elles ne l’ont bien souvent compris que de nombreuses années plus tard et la plupart d’entre elles n’ont pas pu parler.
Nous avons honte et voulons redire aujourd’hui aux personnes victimes et à l’ensemble de la société, notre détermination à lutter contre ce fléau.

Face à de pareilles révélations, il est difficile d’exprimer un remerciement. Mais nous osons dire merci à M. Sauvé et à toute l’équipe de la commission. Nous mettons toute notre espérance en Christ pour que l’Eglise tire les enseignements de ce rapport et nous invitons les uns et les autres à lire ce rapport pour comprendre comment des adultes ont pu exercer de telles violences sur des enfants au sein de l’Église Catholique.

Osons prendre le temps de regarder la pièce de Laurent Martinez « Pardon ? »
Cette pièce autobiographique ose parler de la pédophilie et de ses conséquences. Un homme ayant été victime d’abus sexuels de la part d’un prêtre quand il était enfant, peut-il trouver l’amour ? Gabriel en est persuadé lorsque son regard croise celui de Camille. Mais peut-on guérir de telles blessures ?

À voir ce mardi 5 à 20h35 sur toutes les plateformes digitales de KTO (non-accessible en VOD). Rediffusions : mercredi 6 à 1h25, à 6h05, à 18h55, jeudi 7 à 4h05, vendredi 8 à 10h45, samedi 9 à 13h10.

Prenons le temps du silence et portons-le devant le Seigneur dans notre prière.

Vous trouvez ci-dessous :
Le communiqué de presse de la CEF et de la CORREF
La réponse de Sr Véronique Margron, Présidente de la CORREF, à M. Jean-Marc Sauvé.
Un résumé du site du Vatican.

Un lien vers le site ciase.fr

Honte, gratitude, détermination

Au nom de la Conférence des évêques de France et de la Conférence des Religieux et Religieuses de France, nous avons reçu aujourd’hui le rapport rédigé par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) que nos Conférences avaient demandé à M. Jean-Marc Sauvé, vice-président honoraire du Conseil d’État, de présider, constituer et piloter.
Nous voulons avant tout remercier M. Sauvé et l’ensemble de la commission, ainsi que les équipes qu’elle s’est adjointes, pour leur immense et indispensable travail. Nous mesurons combien il a pu éprouver chacune et chacun. Ses résultats sont extrêmement lourds. Ils montrent une réalité effroyable que nous ne pouvions imaginer en termes de nombre de victimes, de pourcentage de prêtres et religieux auteurs de ces crimes, de défaillances qui ont rendu possible que certains parviennent à sévir durant des décennies et que si peu soient poursuivis.
Devant tant de vies brisées, souvent détruites, nous avons honte et sommes indignés.
Notre pensée et notre immense peine, comme femmes et hommes, comme évêques ou supérieures et supérieurs d’instituts religieux, vont avant tout aux personnes victimes ; celles qui ont pu parler, celles qui n’ont pu le faire encore ou ne le pourront jamais et celles qui sont mortes. Rien ne peut justifier qu’elles n’aient pas été entendues, crues, soutenues, ni que la plupart des coupables n’aient pas été signalés et jugés.
Nous mesurons plus que jamais le courage des personnes victimes qui ont osé parler et nous exprimons notre profonde reconnaissance à celles et ceux qui ont accepté de travailler à nos côtés.
Nous redisons solennellement notre détermination à mettre en œuvre les orientations et les décisions nécessaires afin qu’un tel scandale ne puisse se reproduire. Nous remercions vivement celles et ceux qui nous y aident.
Nous savons que le chemin est encore long pour espérer mériter le pardon des victimes et qu’il nous faut « faire nos preuves ».
Nos deux conférences, celles des évêques et celle des religieuses et religieux, vont chacune étudier ce rapport et l’ensemble des 45 recommandations de la CIASE. L’assemblée plénière des évêques et l’assemblée générale de la CORREF qui se tiendront au mois de novembre permettront d’adopter les mesures qui paraîtront justes et nécessaires en fonction des décisions déjà prises par chacune de nos conférences.
Nous encourageons vivement l’ensemble de l’Église catholique en France, paroisses, mouvements, communautés religieuses, etc., à prendre connaissance du rapport de la CIASE, aussi douloureux soit-il, et à inviter leurs membres à en parler les uns avec les autres. C’est là notre devoir moral pour les personnes victimes et leurs proches et aussi pour les générations à venir : regarder cette terrible réalité pour pouvoir ensemble y faire face et travailler à une Église plus digne de l’humanité et du Christ qu’elle annonce.

Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, président de la Conférence des évêques de France
Soeur Véronique Margron, op, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France

 

 

Monsieur le Président
Mesdames et Messieurs membres de la CIASE
Mesdames et Messieurs

Permettez-moi, aujourd’hui, d’en rester à ces titres, pour nous tous, Mesdames et Messieurs.
Si pour recevoir ces pages de douleurs et d’ombre de la mort, nous sommes là, évêques et supérieurs religieux, c’est avant tout dans nos vies de femmes et d’hommes que nous les recevons, depuis ce beau titre souverain, partagé par tous et chacun, de Madame et Monsieur.

Monsieur le président, peut-on bien recevoir un désastre ?

Que dire, sinon éprouver un infini chagrin, une honte charnelle, une indignation absolue ? Face à la grande douleur des enfances emmurées – que la victime soit mineure ou majeure – car c’est toujours l’enfance qui est violentée.
Personne de nous n’est préparé et n’a compétence pour faire face au chagrin. À commencer par les victimes de ces crimes, de ces fracas de l’intime.
Il faut se taire tout au-dedans de soi pour se recueillir devant chaque vie plongée dans les abîmes, devant les crimes massifs commis dans l’Église, mon Église. Devant ce peuple brisé par la violence de l’effraction.
Ce que Hannah Arendt nomme la banalité du mal : ce qui le minimise, le dénie, le dissimule, usant d’euphémismes et de stratagèmes, conscients ou non, d’évitements ou pire de complicité et de lâcheté. Là où elle doit être protectrice de la dignité, soutenant la grandeur de toute existence, habitée d’un infini respect qui lui vient de son Dieu. l’Église aura laissé abuser, profiter de la vulnérabilité. Elle y aura participé.
La banalité du mal, commis par des auteurs à l’humanité quelconque – « ce qui ne les exonère ni ne les libère », comme l’écrit la philosophe Myriam Revault d’Allones – radicalise le mal commis et son scandale. Le rend plus infernal encore.
C’est ce que vous dévoilez.
Il est difficile de vous remercier de pareille révélation. Pourtant je le fais avec une très grande gratitude. Pour votre engagement sans faille M. Sauvé, Mme Sylvette Toche, secrétaire générale, tous les membres, les rapporteurs, les équipes de recherche et tous ceux qui vous ont épaulés d’une façon ou d’une autre. Je mesure un peu l’épreuve inédite qu’aura représenté de s’enfoncer dans ces « bas-fonds » de l’humanité, comme vous le disiez à Cécile Chambraud du Monde.
Lisant cette phrase, je repensais à La Traversée de l’en-bas de Maurice Bellet. Voilà ce qu’il dit : « le seul remède spécifique à la tristesse de l’en-bas : qu’il y ait de l’humain dans cette région-là, suffisamment proche et suffisamment libre de l’horreur, pour que ce soit présence et paroles auxquelles on puisse enfin se fier ». Je crois que c’est ce que vous avez vécu, là où vous avez demeuré durant ces 2 ans et demi. Consentir à habiter dans cet en-bas, pour en ce non-lieu être fiables et présents devenant ainsi des « témoins des témoins ». C’est là encore qu’il convient de demeurer, si nous voulons vraiment entendre et apprendre.

Vous déployez, de façon rigoureuse et documentée, les types d’abus qui ont sévi dans l’Église et les dispositifs qui ont servi l’emprise. Ils touchent à ce qui nourrit la vie chrétienne, ma foi. Pervertir la Parole de Dieu, les sacrements, la volonté de Dieu, l’aspiration spirituelle, l’amour, afin qu’ils servent les abus spirituels, les abus de conscience, de pouvoir et les atteintes sexuelles. Oui, mesurer que ce qui est au service du déploiement de l’existence, de la confiance, de l’amitié avec Dieu est devenu une œuvre de mort, de désolation.
Que l’Église, la vie religieuse, qui n’ont pas d’autres finalités que de témoigner de cette vie surabondante qui vient de Dieu aient pu porter la mort, et la mort massive, est intolérable, crucifiant. Et nous rend éminemment responsables.
M. Édouard Durand, coprésident de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), présent avec nous, qualifie l’inceste de « crime contre l’humanité du sujet ». Bien douloureusement nous pouvons dire de même des abus et atteintes sexuelles commises dans l’Église catholique, sur mineurs comme sur majeurs. Des crimes contre l’humanité du sujet intime, croyant, aimant.

Comment s’en remettre ?

Nous n’avons pas fini de devoir, impérativement, tout revisiter. Le faire avec les témoins qui ont pu desceller leur parole, et qui, par le tragique, savent d’un savoir unique ce qui est faux. D’autant que comme le montre fortement votre rapport, il ne s’agit pas seulement de faire enfin justice quant aux crimes passés car pour les victimes, ces crimes n’ont pas vieilli en leur chair. Mais, de plus, c’est toujours au présent des méfaits commis qu’il faut parler.

Je vous remercie de tout cœur de vos recommandations. Si elles étaient demandées dans la lettre de mission, encore fallait-il, face à pareil constat, y parvenir.
Je reçois vos 45 recommandations comme un signe d’exigeante confiance en l’Église qui est en France. Un signe d’espérance aussi que nous pourrons nous situer en vérité d’humanité, être responsables, faire justice et réformer tout ce qui doit l’être. Mais non les uns sans les autres, non sans les témoins et les témoins des témoins, non sans l’expérience des autres institutions, des autres Églises – sans pouvoir, humblement. Cette confiance et cette espérance nous obligent, nous vous en sommes redevables, comme aux victimes et témoins qui nous demandent légitiment des comptes.

Permettez-moi de conclure ces quelques mots par ces lignes de Bernanos, qui me soutiennent durant ces mois et semaines :
« L’espérance est une détermination héroïque de l’âme, et sa plus haute forme est le désespoir surmonté. On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prennent faussement pour de l’espérance. L’espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme… On ne va jusqu’à l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de grands efforts. »
C’est là où nous sommes.

Véronique Margron,
Présidente de la CORREF
Paris, 5 octobre 2021

Rapport accablant de la CIASE sur les agressions sexuelles sur mineurs dans l’Eglise en France

Après 32 mois d’enquête, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église a présenté son rapport ce mardi 5 octobre à Paris, livrant une estimation de 216 000 personnes victimes d’abus sexuels sur mineurs commis par des prêtres et religieux catholiques en France depuis 1950. La conférence de présentation s’est tenue en présence, notamment, du nonce apostolique, Mgr Celestino Migliore.
 

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Le président de la Commission, Jean-Marc Sauvé, a brièvement introduit la conférence de présentation (diffusée sur la chaîne KTO) en évoquant la lettre d’une victime, reconnaissant que le travail intense mené par les 21 membres de la CIASE a pu être parfois «déstabilisant et décourageant» mais qu’il donnait l’espérance d’un nouveau départ, d’un «autre rapport à cette histoire blessée»

Une membre de la Commission, Alice Casagrande, spécialiste des questions de protection de l’enfance, a raconté le climat humain très éprouvant des auditions de victimes, revenant notamment sur les larmes d’un septuagénaire, et sur la «colère incandescente d’une femme». «Seul le calme de Jean-Marc Sauvé lui a permis de ne pas se consumer», a-t-elle remarqué, en soulignant l’importance d’un travail commun avec les victimes. Les membres de la CIASE ont d’abord été des écoutants, plus que des experts.

S’exprimant au nom des victimes, François Devaux, victime du père Preynat dans le diocèse de Lyon et cofondateur de l’association La Parole Libérée, a délivré un discours rempli de souffrance et de colère, mais aussi de reconnaissance vis-à-vis du travail de la Commission, saluant leur «sacrifice pour le bien commun». «C’est de l’enfer dont vous revenez, vous, membres de la Commission. Vous avez étudié les détails les plus sombres, les plus abjects, que l’homme sait engendrer dans ses névroses.»  Il a appelé l’Église à de profondes réformes, exprimant son sentiment de trahison face aux silences et aux «dysfonctionnements systémiques» auxquels il a été confronté dans son combat.

Une estimation de 216 000 personnes agressés par des clercs

Tout en reconnaissant que ce rapport (qui compte 485 pages, et plus de 2 000 pages d’annexes) ne peut pas être exhaustif, le président de la CIASE en a présenté le contenu en délivrant un grand nombre de données précises qui ont pu être collectées en croisant plusieurs disciplines, de la médecine à la théologie, en passant par la sociologie, l’anthropologie, la psychiatrie ou encore le droit civil et canonique. L’enquête a surtout permis d’entrer en relation avec des milliers de victimes.

Comme cela avait déjà été communiqué dans la presse, la CIASE a délivré une estimation de 2 900 à 3 200 prêtres et religieux impliqués dans des faits de pédocriminalité en France entre 1950 et 2020. Mais cette fourchette représente une évaluation a minima: un vaste sondage en population générale estime à 216 000 au total (avec une marge d’erreur de 50 000) le nombre de personnes vivant actuellement en France ayant subi un agression sexuelle commise par des prêtres et religieux catholiques, dont un tiers de viols. En incluant les agressions commises par des laïcs (notamment en milieu scolaire), cette estimation monte à 330 000 personnes.

Jean-Marc Sauvé a précisé que dans l’ensemble de la société française, cinq millions et demi de personnes (14,5% des femmes et 6,4% des hommes) ont subi des agressions sexuelles avant l’âge de 18 ans. Les familles et les cercles amicaux demeurent les premiers lieux d’agression, mais la prévalence des agressions en milieu ecclésial catholique demeure élevée, y compris sur des périodes récentes, et 80% de ces abus concernent des garçons.

L’appel à des «actions vigoureuses»

En dénonçant la mentalité corporatiste de l’Église catholique qui a longtemps cherché à étouffer ces affaires (notamment en faisant du silence des victimes une condition à l’octroi d’indemnisations), Jean-Marc Sauvé a appelé à des «actions vigoureuses», notamment la reconnaissance des actes passés et des mesures préventives dans la formation et le discernement vocationnel. Il a mis en garde contre une sacralisation excessive de la personne du prêtre. Le rapport de la CIASE présente 45 recommandations précises, avec notamment un renforcement des mécanismes de contrôle interne, une meilleure définition du rôle de l’évêque afin d’éviter qu’il ne soit à la fois juge et partie, et une meilleure implication des laïcs dans la gouvernance de l’Église.

Appelant à un «travail de vérité, de pardon et de réconciliation », Jean-Marc Sauvé a souligné que l’Église catholique est «une composante essentielle de la société» et qu’elle doit œuvrer à «rétablir une alliance qui a été mise à mal». «Notre espérance ne peut pas et ne sera pas détruite. L’Eglise peut et doit tout faire pour rétablir ce qui été abîmé et reconstruire ce qui a été brisé», a-t-il conclu en saluant le courage des victimes.

L’Église en France en tirera les conséquences

Les deux mandants du rapport étaient présents et ont pris la parole. Dans son discours, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la conférence épiscopale a reconnu l’ampleur «effarante» de ces violences sexuelles au sein de l’Église. La voix des victimes «nous bouleverse, nous accable», a-t-il reconnu en saluant notamment la franchise et la «parole vraie» de François Devaux. Le président de la CEF a promis que les évêques allaient prendre le temps d’étudier le rapport et en tirer les conséquences. Le sujet sera central lors de leur assemblée plénière de novembre.

Pour sa part, la présidente de la Conférence des Religieux et Religieuses de France (Corref), Sœur Véronique Margron a dit son «infini chagrin», sa «honte absolue» face à des «crimes contre l’humanité du sujet intime, croyant, aimant». Les 45 recommandations de la CIASE constituent cependant un «signe d’exigeante confiance en l’Église», qui devra travailler avec les autres institutions, et notamment les autres Églises. Citant Bernanos, elle a conclu en expliquant que la plus haute forme de l’espérance est le «désespoir surmonté»

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