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Semaine Missionnaire Mondiale

DES TEMOINS TOUJOURS EN DEVENIR  

Libre partage autour Message pour la Journée Missionnaire Mondiale  

Chaque année François – c’est simplement ainsi qu’il aime signer ses écrits – adresse plusieurs messages aux chrétiens et aussi à toutes les personnes de bonne volonté dans le monde. Parmi ces multiples messages figure celui pour la Journée Mondiale des Missions qui aura lieu dimanche 23 octobre 2022 sur le thème : « Vous serez mes témoins. » (Ac 1, 8). 

On me demande : « Peux-tu nous présenter ce message ? » Quoi dire et comment le dire, le message étant déjà si bien structuré et articulé dans tous les domaines en lien avec la mission universelle d’hier, d’aujourd’hui et de demain ?   

Je me suis dit que si François nous sollicite avec tous ces messages ce n’est que pour une bonne cause, guider et encourager la foi de tous ceux et celles qui se disent chrétiens. Je voudrais alors réfléchir à haute voix, tout simplement, pour dire mon ressenti, mes questionnements, en quoi et comment ce message m’interpelle et me secoue, etc. Bref, à quels défis et enjeux l’Église est appelée pour y répondre tant l’Église institutionnelle, que celle que nous sommes en tant que baptisé(e)s. 

Tout d’abord, un grand merci, cher François, pour ce nouveau message pour la Journée Missionnaire Mondiale 2022, que je trouve si beau et si riche quant à son contenu ; il y aurait tellement à dire, à approfondir, à méditer, à relire, à partager mais surtout à vivre. 

En lisant ton long message, je remarque la présence et l’insistance sur le nom « témoin » (17 fois), des verbes  « témoigner » ou « rendre témoignage » (13 fois), et du terme  « témoignage » (6 fois). Dans les Actes des Apôtres, sont rapportées les dernières paroles de Jésus, avant de quitter ce monde – où Il a été envoyé en mission – et de regagner le ciel : « Vous serez mes témoins » (Ac 1, 8).  

Comment ne pas penser à Jésus quand, à Nazareth, « il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. » (Lc 4, 16-19). Par conséquent, « le Christ est le premier envoyé, c’est-à-dire missionnaire du Père. » (cf. Jn 20, 21).  

De même, avant de monter au ciel, Jésus laisse aux disciples son héritage et ses consignes :    «Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1, 8). 

Ce désir du Christ, « Vous serez mes témoins », s’exprime à la fois au futur et au pluriel. Au futur, parce que peut-être on n’est pas témoin automatiquement et une fois pour toutes, mais on le devient, en un devenir qui est toujours à redécouvrir et à renouveler, personnellement et communautairement. 

« La forme plurielle souligne le caractère communautaire-ecclésial de l’appel missionnaire des disciples. »  

Toute Journée Missionnaire Mondiale « nous aide à vivre le fait que l’Église est missionnaire par nature. » Mais plus encore, nous rappelle que : « Tout baptisé est appelé à la mission dans l’Église et par mandat de l’Église : la mission se fait donc ensemble, et non individuellement, en communion avec la communauté ecclésiale et non de sa propre initiative. » 

Témoin ? C’est qui ou quoi ?    

Je me suis demandé : « Quel est le sens du terme « témoin » ? Témoin de qui ? De quoi ? Pourquoi et aussi pour quoi ? »    

Le témoin, selon le dictionnaire Larousse en ligne, est une « personne qui a vu ou entendu quelque chose, et qui peut éventuellement le certifier, le rapporter. » 

À première vue, on dirait que deux verbes sont indispensables pour être témoin, voir et entendre, mais en réalité il y en a bien un troisième, le verbe parler, aussi important, justement pour pouvoir rapporter ce qu’on a vu et entendu.  

Tout le monde condamne le manque de transparence et surtout la loi du silence voire l’omerta. Toutes les grandes institutions – mais en réalité aussi les moyennes et les petites – sont confrontées, ou courent le risque d’être sous l’emprise de la mentalité de la loi du silence, celle du soi-disant « rien vu, rien entendu », avec l’impossibilité de pouvoir parler. Autrement dit celle communément connue sous le terme « omerta. » Par peur du pire, de la vengeance, du scandale, etc.  

Le « devenir témoin » nous invite à briser la loi du silence et à libérer la parole tout simplement parce que « La vérité vous rendra libres. » (Jn 8, 32). « Et l’Église, communauté des disciples du Christ, n’a d’autre mission que celle d’évangéliser le monde en témoignant du Christ. » 

Suis-je – et sommes-nous – libres de parler, de dire et de témoigner ? Non seulement pour dénoncer les méfaits, les dérapages, toute forme d’abus, de violence ou d’injustice qui atteint la dignité humaine, et tout particulièrement quand les victimes sont des enfants et des personnes vulnérables ? 

Mais aussi, suis-je – et sommes-nous – libres de parler, de dire et de témoigner de tout ce qu’il y a de beau et de bon en moi ? C’est-à-dire de ma richesse humaine, intérieure, spirituelle, de tout ce qui m’habite et qui donne sens et valeur à ma vie ?   

Témoin ? De qui ? De quoi ?  

Le message nous rappelle sans aucune équivoque que « Tout chrétien est appelé à être un missionnaire et un témoin du Christ. » Il est clair et explicite que la centralité et le cœur de la mission c’est Celui qui nous parle sans cesse à travers sa Parole et la vie sacramentelle, car «L’essence de la mission est de rendre témoignage au Christ, c’est-à-dire à sa vie. (…) En ce sens, la mission sera toujours aussi « missio ad gentes », comme nous l’a enseigné le Concile Vatican II, car l’Église devra toujours aller au-delà, au-delà de ses propres limites, pour témoigner de l’amour du Christ à tous. »  

François attire notre attention sur la dimension communautaire de la mission comme expression du vivre ensemble, tous appelé(e)s et tous envoyé(e)s. En fait, n’oublions pas que « Évangéliser n’est pour personne un acte individuel et isolé, mais c’est un acte profondément ecclésial. » Même si, dans certains endroits et circonstances on est envoyé seul(e) pour une mission spécifique, on accomplit cette tâche au nom de Celui qui nous envoie et en communion avec l’Église universelle. Il peut arriver à tout missionnaire la tentation de vouloir faire cavalier seul, de prendre seul toute décision, de montrer sur les autres une supériorité, grâce à la responsabilité reçue, d’agir isolément plutôt que de collaborer et de travailler en équipe, etc.     

« Le témoignage des chrétiens au Christ a un caractère essentiellement communautaire. » Oui, c’est un appel à réentendre, pour savoir passer à une dimension supérieure : de l’esprit de la collaboration à l’esprit de la communion fraternelle. Être davantage un témoin solidaire pour ne pas être un témoin solitaire ! Être des missionnaires ensemble pour ne pas finir … démissionnaires ! 

Suis-je témoin – et pareillement sommes-nous des témoins – membres actifs et protagonistes de la mission de l’Église transmettant la Parole de vie, ou plutôt ma propre spiritualité et conception de la religion, mes paroles et mes propres idées humaines ? Est-ce-que je témoigne de ma foi pour conduire les autres à Lui ou plutôt pour les attirer à moi-même ?       

Témoin ? Pourquoi et aussi pour quoi ?  

Si on peut l’écrire en un seul mot et en deux mots, cela veut dire qu’il ne s’agit pas d’une simple nuance mais bien qu’il y a une subtile différence. Si le premier indique pour quelle raison, le second souligne dans quel but ou finalité.  

Le message précise bien que « Les missionnaires du Christ ne sont pas envoyés pour se communiquer eux-mêmes, pour montrer leurs qualités et leurs capacités de persuasion ou leurs compétences en matière de gestion. »  

Très souvent, dans ses interventions, et à plusieurs reprises, François ne mâche pas ses mots, n’hésite pas à lutter et à mettre en garde la Curie et le clergé contre certains danger au sein de l’Église comme l’abus de pouvoir, le cléricalisme, le carriérisme, l’arrivisme, le centralisme, le relativisme, le matérialisme, etc.    

Dans les innombrables formes de la mission de l’Église – qu’elle soit ad intra ou ad extra – les disciples-missionnaires d’aujourd’hui « ont, au contraire, le grand honneur d’offrir le Christ, en paroles et en actes, en annonçant à tous la Bonne Nouvelle du salut avec joie et franchise, comme les premiers apôtres. » 

Là où ils sont, peu importe le lieu géographique de mission, les disciples-missionnaires d’aujourd’hui « ne sont pas envoyés pour faire du prosélytisme mais pour annoncer. » L’annonce bien évidemment passe par la communication et la parole mais sans oublier que dans certains endroits du monde cela n’est pas aussi évident que l’on pense. Il ne s’agit pas de faire du forcing pour convaincre coûte que coûte. Et cela, à mon avis, ne signifie pas non plus que l’on doit se taire, mais savoir apprendre à parler autrement par le témoignage de notre vie, tout en respectant la vie d’autrui. En d’autres termes, il s’agit de vivre avec les autres, tels qu’ils sont, de cheminer ensemble même si on ne partage pas la même foi ou croyance. Dans le désir réciproque de la rencontre pour un véritable « vivre ensemble », « Aucune réalité humaine ne devrait être étrangère à l’attention des disciples du Christ dans leur mission. » C’est en rencontrant les autres et en partageant la richesse de nos différences que chacune et chacun pourront grandir humainement et spirituellement. 

Personnellement – et puis communautairement – je me pose la question pourquoi, pour quelle raison je suis appelé(e) à être témoin ?  Ou encore qui ou qu’est-ce qui m’empêche de l’être vraiment ? L’hésitation, la peur, la honte, le doute, la timidité, la moquerie et le jugement des autres, etc. ?   

Personnellement – et puis communautairement – je me demande pour quoi, dans quel but et finalité je suis appelé(e) à être témoin, je m’engage, je rends service, je prends soin et me fais proche des autres ? Parce que je suis bien éduqué, gentil, généreux, altruiste, solidaire, philanthrope, le numéro un, meilleur que les autres, etc. ?  

Témoins ? Jusqu’aux extrémités de la terre ?   

Je me demande quelles sont les extrémités de la terre dans le contexte de la globalisation, de cet immense village planétaire, de « notre maison commune » ? En regardant le contexte des conflits actuels dans le monde, de quel droit et qui sont-ils – au vu de leurs prétentions territoriales – parmi les soi-disant « grands de ce monde » à vouloir, à tout prix, redessiner les frontières et les limites d’un pays ? Alors que tous, nous connaissons les conséquences et les méfaits des guerres précédentes, nous restons cependant impuissants face aux multiples atrocités et massacres qui, à longueur de journée, défilent sur nos écrans.  

« Tous les disciples seront témoins, où qu’ils aillent, où qu’ils soient. (…) Envoyés par Jésus dans le monde non seulement pour faire la mission, mais aussi et surtout pour vivre la mission qui leur a été confiée ; non seulement pour rendre témoignage, mais aussi et surtout pour être des témoins du Christ. » 

François aime interpeller et nous encourager tous à la mission, soutenue par quatre verbes, – il me vient à l’esprit l’image des quatre pieds d’une chaise ou d’une table qui en assurent l’équilibre et la stabilité –, à savoir : « faire la mission, et surtout vivre la mission, rendre témoignage, et surtout être des témoins du Christ. » 

En 1995, dans la salle Nervi à Rome, le chanteur Amedeo Minghi, pour la toute première fois, dédiait au pape Jean Paul II la chanson « Un uomo venuto da lontano. » (Un homme venu de loin). En pensant à l’envoi en mission, comme témoins « jusqu’aux extrémités de la terre », comment ne pas se souvenir – après la dernière élection du successeur de l’apôtre Pierre – aux premières paroles prononcées par François : « Bonsoir. Le devoir du conclave était de donner un évêque à Rome. Il semble que mes frères cardinaux sont allés le chercher presque au bout du monde. » Qui pouvait imaginer qu’après un pape « venu de loin », un jour l’Église puisse aller en chercher un autre « presque au bout du monde ? »   

Comment l’Église institution et Peuple de Dieu accueille-t-elle cet élu venant du bout du monde ? Comment accueille-t-elle les missionnaires – femmes et hommes – comme on dit « venant d’ailleurs » pour annoncer la Bonne Nouvelle, pour revitaliser la chrétienté en se mettant au service de l’humanité ? Quels déplacements et quels dépassements doivent opérer les envoyé(e)s accueilli(e)s et les accueillant(e)s qui les reçoivent ?   

À chacune et à chacun de nous – de même à chaque diocèse, paroisse, communauté chrétienne ou religieuse, association, équipe, organisme, mouvement et groupe ecclésial – de se demander maintenant : quand et comment je fais la mission qui m’a été confiée ? Quand et comment surtout je vis la mission reçue ? Quand et comment je rends témoignage ? Quand et comment surtout je suis témoin du Christ ? C’est une invitation à relire personnellement notre propre vie et une occasion pour partager communautairement notre témoignage de foi vécue. 

       

Conclusion   

Qui ne connaît pas le message et l’expression « I have a dream » (J’ai un rêve) de Martin Luther King ? Mais connaissons-nous le rêve de François exprimé dans le Message pour la Journée Missionnaire Mondiale 2022 ?  

Le voilà : « Je continue à rêver d’une Église entièrement missionnaire et d’un nouveau printemps missionnaire des communautés chrétiennes. » Depuis le début de son pontificat, c’est l’un de ses plus grands souhaits – comme l’éclosion du printemps pour la nature : voir toute l’Église « en sortie ». Un rêve d’une grande envergure.    

L’actuel processus inédit – Le Synode sur la synodalité. « Pour une Église synodale : communion, participation et mission » – est d’ailleurs une occasion providentielle, dans chaque Église particulière, pour prendre la parole et se faire entendre, en tant que Peuple de 

Dieu, pour dialoguer et s’écouter, pour discerner les enjeux, les urgences, les défis auxquels les disciples-missionnaires d’aujourd’hui sont appelés, et à y répondre pour « faire route ensemble », tel est le sens du mot « synode », selon l’étymologie grecque.            

Dans notre vie, au quotidien, essayons de voir pour discerner les clins d’œil de Dieu, d’entendre pour mieux comprendre la Bonne Nouvelle, et d’en parler pour partager aux autres la richesse intérieure de Celui qui nous habite. 

Aujourd’hui comme par le passé, « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou, s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. » (EN, n. 41). 

Je suis persuadé qu’il existe bien des façons d’exprimer et de témoigner du don de la foi : chaque itinéraire est unique, tout comme chaque être humain est unique. Le dynamisme des témoignages encourage, stimule, et parfois provoque et déstabilise. La mission, tout le monde la vit là où il est, mais il est possible de l’expérimenter ailleurs, et en tout cas, il faudra toujours sortir de soi. Paradoxalement, même celui qui décide de rester, devra toujours sortir, et puis partir ! 

« Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous. » (Ac 1, 8). « L’Esprit est donc le véritable protagoniste de la mission : c’est lui qui donne la parole juste, au bon moment et de juste manière. » 

Que partout chacune et chacun puissent devenir davantage témoins, et ensemble, témoins de fraternité pour le bien et le bonheur de l’humanité tout entière.  

Alfonso Bartolotta, omi  Nice, le 25 mars 2022 

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